LA FEMME QUI DECIDA DE PASSER UNE ANNEE AU LIT

La femme qui décida de passer une année au lit

de Sue Townsend

aux éditions Charleston

Quatrième de couverture:

« La preuve, une fois de plus, que Townsend est l'une des romancières les plus drôles de sa génération. » The Times

Le jour où ses jumeaux quittent la maison pour entrer à l'université, Eva se met au lit... et elle y reste. Depuis dix-sept ans que le train de la vie l'entraîne dans une course effrénée, elle a envie de hurler : « Stop ! Je veux descendre ! ». Voilà enfin l'occasion. Son mari, Brian, astronome empêtré dans une liaison extra-conjugale peu satisfaisante, est contrarié. Qui lui préparera son dîner ? Eva ne cherche qu'à attirer l'attention, prétend-il. Mais la rumeur se répand et des admirateurs par centaines, voyant dans le geste d'Eva une forme de protestation, se pressent sous la fenêtre de sa chambre, tandis que son nouvel ami, Alexander, l'homme-à-tout-faire, lui apporte du thé, des toasts, et une sollicitude inattendue. Depuis les confins de son lit, Eva va trouver le sens de la vie, rien de moins !

La chronique de Lisa McLivres:

Ce livre au titre évocateur est une véritable surprise !

J’ai beaucoup de mal à le classer dans une catégorie existante… Comédie ? Drame ? Comédie-dramatique ? J’en viendrais même à me demander s’il ne faudrait pas tout simplement inventer une nouvelle catégorie rien que pour lui. Peut-être : comédie dramatico-caustico-corrosive !

Vous l’aurez compris, ce roman est à part, et chacun(e) aura son propre point de vue, souvent très contradictoire, à la fin de sa lecture.

Dès les premières pages, nous plongeons dans une intrigue qui va sans cesse de surprises en surprises. Eva, belle quinquagénaire et mère de famille semble-t-il assez comblée, va faire ce que l’on peut appeler un «lâcher- prise ». Tout démarre par LA goutte d’eau qui va faire déborder le vase, en l’occurrence ici une tâche de soupe à la tomate sur son beau fauteuil tapissé par ses soins. Exagéré me direz-vous ? Et bien pas vraiment ! On va vite découvrir que cette femme avance sur une corde raide depuis bien longtemps au risque de tomber dans un précipice dont elle ne se relèvera jamais.

Lorsque ses jumeaux de 17 ans quittent la maison pour rejoindre l’université, Eva monte dans sa chambre, se couche toute habillée – sans même prendre la peine d’enlever ses chaussures – pour ne plus se relever. Va alors commencer une histoire aussi loufoque que touchante avec des personnages tous plus excentriques les uns que les autres.

Il faut tout de même être fan de l’humour caustique et incisif dans des sujets sérieux, comme souvent les Anglais savent le faire au cinéma ou dans la littérature, pour apprécier ce livre. Je pense que les lecteurs qui n’aiment pas que la mort, la détresse, l’infidélité et l’amour soient tournés en « ridicule » seront déçus.

Ce roman est truffé de répliques cinglantes mais drôles (moi cela m’a fait rire je l’avoue), de scènes d’hystéries collectives où les personnages montrent leurs véritables personnalités, et croyez-moi certains nous paraissent détestables au possible ! Mention spéciale pour la scène où Eva revit l’enfer vécu pour la préparation du soir de Noël de l’année précédente, un régal !

Eva, elle, est spectatrice de son coup de théâtre. Sans réel raison à son geste, c’est toute la maisonnée, puis la ville et le pays, voire le monde qui va en pâtir. Tout le petit monde qui gravitait autour d’elle va s’écrouler sans qu’elle ne puisse rien y faire. Elle ne le souhaite pas d’ailleurs…

Le moins que l’on puisse dire c’est que tous les sentiments sont présents pendant la lecture : on rit, on s’indigne, on s’énerve, on s’émeut. Bref, personne ne peut y être indifférent.

Quand Eva décide de ne plus se lever de son lit, elle se présente presque comme un tyran à qui il faudrait apporter à manger, à boire, aider à se laver, s’occuper de la maison à sa place, etc… Et c’est un juste revirement des choses à ses yeux. Seulement, les évènements vont s’enchaîner vers des sommets insoupçonnables !

Ce qui m’a le plus touché dans le personnage d’Eva, c’est que quoi qu’on en dise, elle va dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas et n’osent exprimer pour ne pas choquer ou ne pas aller contre les conventions. Mais j’avoue également avoir eu du mal à m’attacher complètement à cette femme qui par un geste tout à fait compréhensible va engendrer le chaos autour d’elle.

Mais les autres personnages ne sont pas en reste non plus. Son mari et ses enfants (Brian, Brianne et Brian Junior !!!) m’ont glacé le sang ! A les voir on comprend la réaction d’Eva, mais sa peur de devoir être à nouveau le soutien de quelqu’un va l’aveugler et l’empêcher de voir ce qui est réellement important dans la vie.

Ruby, la mère d’Eva, est incroyablement drôle malgré le fait qu’elle soit un condensé de tout ce qu’il y a de plus laid chez quelqu’un : elle n’a aucun instinct maternelle, elle est égoïste, raciste et ne cesse de juger les autres, mais tout cela pour notre plus grand plaisir.

Mais, pour moi, le personnage le plus beau, le plus entier, le plus attachant, c’est sans conteste celui d’Alexander. Il va être à la fois le médiateur, le confident et le pilier sur qui tout le monde va se reposer dans cette maison de « fous ». Il est un vrai coup de cœur pour moi !

De femme au foyer bien sous tous rapports, Eva va devenir sans le vouloir le porte-parole des âmes en détresse. Elle qui aspirait à la tranquillité dans son lit pour méditer, se retrouver, va devoir assumer son statut de star.

Malgré un style parfait avec des répliques acides et un humour amer, j’ai tout de même trouvé quelques longueurs à certains moments. Certaines scènes et certains personnages m’ont laissé indifférente et leur absence n’auraient pas eu de lourdes conséquences sauf celui, du coup, de m’éviter quelques lignes de lecture en diagonale.

Pour résumé, ce livre m’a beaucoup plu car j’adhère totalement à ce genre d’humour et il a éveillé en moi tous les sentiments que j’aime ressentir pendant une lecture. Je conseille vivement ce livre à tous ceux qui veulent lire quelque chose de nouveau et qui n’ont pas peur de découvrir l’être humain sous toutes ses coutures, des plus touchantes aux plus affligeantes.

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